Ma main froide se pose sur sa nuque. Il réprime un frisson. Je m'excuse de ce frisson, ce n'est rien. Parait que j'ai le coeur chaud. Si tu savais à quel point, Coco... Le bout de mes doigts caresse les petits cheveux fins qu'il a là. J'en peux plus de le regarder dans les yeux, si ça continue, je vais me liquéfier avant de l'avoir embrassé. Je viens blottir ma tête dans le creux de son épaule.
Bon sang ce qu'il sent bon.
Un murmure entrouvre ses lèvres. Toute à mon désir, je ne l'ai pas écouté. Qu'as tu dis, 'tit bonhomme? Tu as envie de fourrer ta langue dans ma bouche et de tourner dans le sens des aiguilles d'une montre? Ah non, pardon, tu veux embrasser ma bouche... T'as pas envie de me laisser faire, plutôt? Oui? Merci.
Je sors mon visage de son cou brillant des traces de salive qu'ont laissé mes lèchouilles. Ma joue est barrée d'un pli laissé par le col de sa chemise. Marquée. Je vois sa bouche se rapprocher. Non, ne pas aller trop vite, ce moment est trop précieux. Ma main droite continue à titiller sa peau. Elle s'est tiedie à sa chaleur. Homme-feu.
Mon nez vient caresser sa joue. Une barbe naissante irrite un peu ma peau. Mais je confesse aimer ça. Je m'attarde sur sa pomette, la redessine. Enfin, non, la dessine. Cet homme n'a nul besoin d'etre ré-esquissé.
-"Tu es sure que tu ne veux pas que je..."
Oui, je suis sure.
Ma main gauche vient effleurer son menton. Elle l'effleure et l'attire dans mes filets, tourne son visage vers moi. Venir arranger une mèche derrière son oreille. Geste tendre à la limite du maternel. Un sourire. L'échanger. Le faire craquer. Ou alors non, pas encore.
Suivre la pulpe de ses lèvres du bout de mon index. Il frissonne. L'attente? Découvrir dans un instant une ride naissante au coin de sa bouche. Tiens, je ne l'avais pas vue, tout à l'heure. Ne pas résister, non, ne pas résister à venir y poser mes lèvres. A venir baiser cette marque de ce qu'il a été sans moi, de ce passé que je chéris pour avoir fait de lui celui qui m'a séduite.
Mon doigt est resté posé sur sa bouche. Il en profite, le bougre et l'happe pour le lécher langoureusement. Je me demande instantanément si mon doigt est relié à mon sexe. Parce que cette caresse là m'inonde. Mes lèvres à quelques millimètres de là refusent obstinément de bouger. Je leur crie "Barrez vous, où il va vous prendre!" mais elles s'insurgent. Elles aussi veulent faire l'objet de ses attentions.
Et ce qui devait arriver arrive. Il délaisse mon doigt pour mes lèvres.
Je n'y peux rien, je ne voulais pas, ce n'est pas ma faute. Je voulais le
faire languir mais il a repris le bâton de parole transformé en
bâton de baiser.
Et je me laisse aller entre ses lèvres. Je m'abandonne à sa
langue. Je semble active mais je ne suis plus qu'inexistante pour toute autre
forme de vie que celle qui anime nos bouches.
Elles se caressent, se mordent, se découvrent, s'apprécient,
se dégustent. Bon sang que cet homme m'embrasse bien.
Il murmure. "Ouvre les yeux, regarde moi".
J'obtempère. Que pourrais je faire d'autre?
Du haut de l'âme, des années d'attente nous contemplent. Nos lèvres, prises de vie autonome, s'effleurent. Je découvre à nouveau leur douceur. C'est à nouveau un premier baiser. Nos nez se caressent. Ses yeux me sourient.
Chacun de ses baisers est notre premier.